Profession: juste suppléante

Suppléer: Remplacer quelqu’un de façon temporaire ou définitive dans ses fonctions : Suppléer un professeur absent.

Larousse

Dernièrement, j’ai beaucoup critiqué l’enseignement allant jusqu’à dire que je ne voulais plus faire ce métier durant toute ma vie. Je le pense un peu encore, mais je parviens à avoir une opinion plus nuancée: j’adore l’enseignement, c’est certain, sinon je n’aurais pas terminé mes années d’université. Par contre, certaines conditions ont su me donner envie de tout quitter pour autre chose. Je ne ressens pas le besoin de nommer les difficultés de l’enseignement, on les connait. Puisque je n’avais pas l’énergie d’avoir une classe bien à moi en terminant mon dernier stage, à l’automne dernier, j’ai opté pour de la suppléance pour le reste de l’année. Et pour être bien honnête, c’est ce qui m’a donné envie de continuer en éducation.

Les gros contrats

Comme notre société vit un gros problème en éducation, les nouveaux diplômés trouvent assez rapidement un contrat dans une classe. Une joie pour les finissants, un cadeau de la vie! Sauf qu’on a oublié ceux qui ne se sentent pas vraiment prêts à occuper un poste complet dans une classe. Non seulement on les a oublié, mais on ne les comprend pas non plus.

La vérité, c’est que je ne désirais pas un contrat dans l’immédiat, ni le mois d’après. Je ne voulais pas gérer la même classe cinq jours par semaine, je ne voulais pas planifier les matières à enseigner et surtout, je ne voulais pas rester à l’école jusqu’à 17h30 comme je l’ai fait lors de mon dernier stage. À ce moment, je ne voulais pas me mettre cette énorme pression et vivre de l’anxiété tous les matins, parce que c’est en ayant cet état d’esprit que j’en suis venue à mépriser l’enseignement. Je me sentais aussi fragile que la neige au printemps, comme si les responsabilités allaient m’engloutir.

Le faire pour soi

J’imaginais le regard des gens se poser sur moi et sur ma propre décision. Je sentais souvent le besoin de me justifier, de mentionner que la suppléance était un choix, que je l’ai voulu, que je ne suis pas en attente d’un remplacement à temps complet. Même encore aujourd’hui, lorsqu’on me demande si j’ai déjà eu un contrat, je ressens une gêne en disant que je ne suis pas sur une liste d’ancienneté, que je suis seulement dans la banque de suppléants. Je me sens obligée de spécifier pourquoi j’ai fait ce choix et pourtant, il ne regarde que moi.

En refusant des contrats, j’avais cette peur que les autres croient que je ne travaille pas très fort comme une enseignante parce que je n’avais pas de tâche en dehors des heures de classe, entre autre. On ne réalise pas toujours ce que ça implique d’avoir ce rôle; c’est de ne jamais savoir (ou presque) à quel endroit on travaillera le lendemain, c’est se demander si on aura une paye cette semaine et si oui, de combien. C’est prouver encore et encore notre crédibilité à des enseignants et des directions de différentes écoles, c’est imposer un respect et une discipline chaque matin à 25 élèves différents de la veille. Évidemment, ce ne sera jamais autant qu’une tâche d’enseignement à temps complet, mais se serait faux de dire que c’est facile d’être suppléant. Ce qui est certain, c’est qu’il y a de nombreux avantages à faire ce choix en début de carrière et c’est sincèrement une des meilleures décisions de j’ai prise de ma vie.

Photo par Jessica Desmarais

vivre une expérience particulière

La suppléance m’a apporté de l’expérience comme jamais. J’ai développé une gestion de classe assez incroyable (et oui, je vais me lancer des fleurs!), je suis capable de créer un certain lien rapidement avec les élèves, j’ai découvert des méthodes d’enseignement que j’aimerais certainement intégrer dans ma future classe, d’autres qui ne m’attirent pas du tout. J’ai réfléchi beaucoup sur qui je suis comme enseignante, j’ai pu tester des interventions, visiter des dizaines d’écoles, rencontrer des gens inspirants, vivre des épreuves qui ont endurci mon caractère et ma carapace et j’ai réussi à me détacher émotionnellement de certaines situations. Être suppléante pendant un an m’a permis de développer une énorme confiance en moi et en mes compétences. Ça m’a aussi permis de me découvrir et donc de savoir davantage ce que je souhaite dans ma carrière. Je sais très bien qu’en ayant accepté un contrat, je n’aurais pas eu la même expérience, je n’aurais pas poussé mes limites si loin et mes réflexions ne seraient pas aussi profondes. C’est toute une expérience que de travailler dans 5 classes différentes par semaine, parfois 6 ou 7 (il arrive que le matin et l’après-midi je ne sois pas au même endroit) et ce, à chaque semaine.

En rencontrant et en travaillant avec autant d’enfants, j’en ai appris probablement plus sur le métier que durant mes 4 années à l’université. Je me sens remplie d’outils et surtout, de courage et d’ambition. J’ai le torse bombé, impatiente d’obtenir un contrat à long terme. D’ailleurs, j’ai vraiment très hâte d’avoir un appel et ça, c’est le signe que je suis réellement prête, comparativement à l’année dernière, à pareille date.

À tous ces élèves et ces enseignants(es) que j’ai rencontré, merci. À ces quelques secrétaires qui ont cru en moi dès la première rencontre, remplies de confiance me demandant d’être la suppléante qui revient toujours, merci. À la décision que j’ai prise il y a un an, merci. La suppléance m’a donné un bagage incroyable, mais surtout, elle m’a redonné la passion d’enseigner, celle qui menaçait de s’éteindre beaucoup trop vite.

Jessica

4 réflexions sur “Profession: juste suppléante

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